Dimanche, 23 Novembre 2014 10:26

La Grande Guerre, charnière de la modernité

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CONFERENCE DE GERARD JOLIVET

(du 15 octobre 2014)

La Grande Guerre, charnière de la modernité

 

 De quoi s’agit-il dans cette conférence ? Il ne s’agit pas de se replonger dans le détail de l'événement. Il s’agit d’évaluer le legs de la 1° guerre mondiale. C'est le sens de toute commémoration: On commémore un événement parce qu'il a quelque chose à nous dire sur ce que nous sommes. Parce qu'il nous a légué une part de nous-même.

Il y a deux ans, je m’étais servi des analyses de Marcel Gauchet pour présenter « le moment 1300 », celui du concile de Vienne, comme un tournant du Moyen-Age. Je vais renouveler l'exercice.C’est encore en m’appuyant sur la réflexion de Marcel GAUCHET que je vais analyser « le moment 1900 » (« La Belle Epoque »), dont la guerre est l'aboutissement paroxystique. Cette ouverture du XX° siècle, je vais l'envisager comme une charnière, autour de laquelle tourne l’histoire contemporaine de l’Occident. Une charnière qui referme deux siècles d’une modernité heureuse, celle de l’optimisme des Lumières, et qui inaugure une modernité tragique. Une charnière qui ouvre le monde occidental à une angoisse qui ne le quittera plus.

 

  • Angoisse technologique: celle de la guerre chimique, avant celle de la guerre atomique dont parlera CAMUS dès 1945. Nous sommes bien placés pour l'évoquer dans ce "couloir de la mort" de la vallée du Rhône, ce couloir de la  chimie mis en place pendant la Grande Guerre pour fabriquer les gaz de combat.
  • Angoisse écologique: celle du monde perdu des équilibres traditionnels, naturels et sociaux.
  • Angoisse métaphysique: celle du sens de la vie dans un monde absurde et déboussolé.

Voilà d’abord le legs de la Grande Guerre : un arrière-fond d'angoisse, de doute et de mauvaise conscience, qui va désormais miner sourdement les sociétés occidentales. C'est cet arrière-fond qu'exprimera après la guerre le mot de Paul VALÉRY : « Nous autres, civilisations, nous savons désormais que nous sommes mortelles. » Mieux encore FREUD en fera l'analyse dans son petit livre de 1929:« Malaise dans la civilisation ».

 

I- la « Belle Époque » : « Malaise dans la civilisation »

Quel est ce malaise dont la Grande Guerre est le révélateur, mais qui est perceptible depuis la fin du 19° siècle ? C’est le malaise provoqué par une profonde crise d’identité. Pourquoi une crise d'identité, alors même que l'Europe est à son apogée ? Il y a une crise d’identité, parce qu’il y a une crise de l’ordre traditionnel. Cet ordre ancestral, immémorial, c'était celui de la famille, du village, du quartier, du métier. Il se caractérisait par une cascade de supériorités: celle du roi sur ses sujets; du seigneur sur ses paysans; du bourgeois sur la vile populace; de l'homme sur la femme; du père sur ses enfants. Cet ordre avait connu des évolutions mais fondamentalement, il avait perduré au sein des sociétés libérales issues de la Révolution française. Cet ordre, avec son armature communautaire et hiérarchique, était très contraignant, mais il était aussi profondément sécurisant. Or ce sentiment de sécurité est mis en péril par les changements extrêmement rapides que connaissent les sociétés occidentales à la fin du 19° siècle. Je me contenterai d'insister sur deux de ces changements: la démocratisation et l'exode rural.

La démocratie, c'est le règne de l'égalité. Le statut de l'individu n'y est plus prédéfini par une place immuable dans la société. L'individu a désormais à se définir par lui-même. Rien de plus angoissant que la société de l'individu où l'identité de chacun est toute entière à construire. L'exode rural est massif. Aucun village non-périurbain n'a retrouvé son niveau de population de 1850. La conséquence en est que la vieille civilisation agraire s’effiloche. La Grande Guerre va lui porter un coup mortel. Ces changements désagrègent ces conservatoires de la tradition qu’étaient la paysannerie, les Églises, les aristocraties, les monarchies. Les traditions se perdent. Il n'y a plus de permanence. Plus d’autorité incontestable. Plus de transcendance. C'est en lui-même et lui seul que l'individu peut trouver le sens de la vie. Il est renvoyé à sa solitude métaphysique. « Ces bouleversements de l’être au monde affectent l'identité des êtres. La naissance de la psychanalyse, le développement du suicide, de l'alcoolisme, de l'aliénation mentale font de la Belle Epoque un moment marqué par la folie. L'esprit du temps est empreint d'une souffrance psychique aiguë et d'une tension forcenée. » (Marcel GAUCHET).

La crise d’identité que connaît l'Occident est donc une crise de détraditionalisation. Elle explique l'essor des études sur le folklore, les arts et traditions populaires, les coutumes locales et les cultures provinciales. Il s'agit de sauver de l'oubli tout un univers en train de sombrer. Deux exemples:

1-la culture lyonnaise

Le personnage de Guignol, si représentatif de cette culture, subit à la fin du siècle une mutation qui en fait un spectacle pour enfants. Son esprit s'étiole, son langage s'affadit. C'est alors que les pièces de Laurent MOURGUET, non-écrites, sont fixées et publiées, en un répertoire canonique par un magistrat lyonnais, ONOFRIO. Un autre bourgeois, Clair TISSEUR (Nizier du Puitspelu), établit un dictionnaire de cette savoureuse langue lyonnaise, le "Littré de la Grande Côte", avant qu'elle ne tombe par pans entiers dans l'oubli. "Une anémone pour Guignol" que montera Marcel MARÉCHAL en 1974 avant de quitter Lyon en un adieu poignant à sa ville natale est un hommage à ce monde disparu de la culture populaire.

2- la culture provençale que tente de sauver Frédéric MISTRAL avec le félibrige, mouvement culturel à base poétique et linguistique. Felibrige est un mot de la langue d'oc, qui vient du latin fellare (sucer, fellation). Les felibriges, ce sont ceux qui sucent le lait de leur mère-patrie occitane.

C'est à partir de cette crise de la tradition que vont surgir les nationalismes guerriers de 1914. Un des jeunes dirigeants du mouvement Felibrige est Charles MAURAS, fondateur de l'Action Française, de ce "nationalisme intégral", qu'on a pu qualifier de "préfascisme". Or, c'est de la conversion du traditionalisme en nationalisme que va sortir l'affrontement tragique des nations européennes. Pour en savoir plus sur cette conversion je renvoie à ma conférence du 3 décembre. Ce que découvrent MAURAS, BARRÈS, et bien d'autres théoriciens du nationalisme à travers l'Europe, c'est que l’identité nationale est un remède à la crise des identités traditionnelles. On y retrouve l’esprit de la tradition, de la hiérarchie, de l’appartenance. Mais c'est au prix d'une transposition dangereuse. Dans les sociétés démocratiques, où les citoyens sont considérés comme égaux, le principe hiérarchique qui structurait les sociétés traditionnelles ne disparaît pas. Il se reporte sur l’extérieur, dans la relation avec le reste du monde. C'est à cette échelle du monde que se reproduit la cascade de supériorités des sociétés traditionnelles: Le français est supérieur à l'italien, et l'italien à l'africain. Le français est supérieur à l'allemand et l'allemand au slave. L'occidental est supérieur à l'oriental, l'européen à l'indigène, le blanc au jaune et le jaune au noir. Cette hiérarchie humaine permet au moindre des citoyens, aussi misérable qu’il soit, de se sentir une supériorité intrinsèque.

Mais contrairement à la hiérarchie interne des sociétés traditionnelles, la hiérarchie mondiale des peuples ne fait l'objet d'aucun consensus: celle des Allemands n'est pas celle des Français. On ne voit pas du coup ce qui pourrait faire reconnaître l'identité nationale de chaque peuple dans ce qu'il a de supérieur aux autres, sinon la guerre. Chaque peuple éprouve donc un sentiment terrible d'insécurité et il est peut-être prêt à tout pour retrouver le sentiment de sécurité existentielle qui était celui de la tradition. C’est justement, paradoxalement, ce sentiment de sécurité que va apporter la guerre en ressoudant comme par miracle une société déstructurée et déboussolée. C’est l’immense paradoxe de la Grande Guerre : en même temps qu'elle inquiète, elle rassure.

 

II-La Guerre, une révélation paradoxale

L'été 1914 est une révélation pour les couches intellectuelles qui se croyaient immunisées contre l'enthousiasme guerrier.

Stefan ZWEIG (extrait du" Monde d'hier")

Marianne WEBER, femme de Max WEBER, fondateur de la sociologie allemande: « Comme ils sont merveilleux, ces premiers mois ! L’ensemble de la vie intérieure est ramené à des traits simples, grands et communautaires. Tout ce qui est sans importance s’évanouit.(…) Le personnel est élevé jusqu’au suprapersonnel : c’est le point le plus haut de l’existence (…) L’amour ardent pour la communauté brise les limites du moi. Chacun ne fait qu’un seul sang et un seul corps avec les autres, tous unis dans la fraternité, prêts à anéantir leur moi dans le service. » Quelle est cette joie surprenante qui accompagne la guerre, venant d'intellectuels qui se méfient instinctivement des émotions de la foule ? C'est la joie de la réconciliation avec les autres. Le sentiment d'un abaissement soudain de toutes les barrières entre les êtres.

À mettre en rapport avec les analyses d'Elias CANETTI, "Masse et puissance": La civilisation moderne isole l'individu de ses pareils. Le développement de l'intimité fait craindre le contact avec les autres. On se protège d'autrui. On le tient à distance. Quand je ne le désire pas, l'autre m'inspire du dégoût: son odeur, sa sueur, sa salive, son haleine. C'est la "phobie du contact". Mais cette phobie me plonge dans une solitude pénible. Les manifestations de masse, les phénomènes de foule constituent alors des moments de rupture du quotidien où la phobie du contact se retourne en son contraire dans une sorte de décharge érotique universelle. C'est peut-être ainsi qu'il faut interpréter l'extraordinaire moment de communion de 1914. Comme les grand-messes du fascisme ou du communisme, comme la houle des stades lors des grandes victoire sportives, ce moment est celui d'une révélation. Révélation joyeuse de la communauté. Révélation heureuse de l'unité des êtres. Révélation enivrante de la puissance des masses. C'est un moment de joie sans pareil: la joie de n'être qu'un membre d'un corps immense et de ne faire qu'un avec le Tout. Nous ne formons qu’un seul corps. Ainsi avec la guerre, l’homme isolé de la société libérale découvre la joie d’être incorporé à une masse.

Or l'’incorporation, c’est le fondement de la religion. Cette religion est nouvelle: c’est celle de la nation. Elle se réalise dans le sentiment d’appartenir à une grande collectivité qui transcende les individus. Qu'une institution toute humaine, dans un monde technicisé et désacralisé, puisse avoir valeur de religion hors de la religion, telle est la grande révélation de la 1° Guerre mondiale. Robert HERTZ, anthropologue français, juif, socialiste: "Je n’aurais jamais imaginé à quel point la guerre, même cette guerre moderne tout industrielle et savante, est pleine de religion. » Est-ce à dire que la guerre provoque un effacement de l’individu et un retour des sociétés occidentales  à la dépendance religieuse ? C'est plus compliqué que ça. Ecoutez la voix d'un homme qui s'y connaît en matière de religion: un théologien jésuite condamné pour son interprétation religieuse du darwinisme. TEILHARD de CHARDIN : « L’homme que son pays a voué au feu a l’évidence concrète qu’il ne vit plus pour soi – qu’il est délivré de soi – qu’autre chose vit en lui et le domine. Je ne crains pas de dire que cette désindividualisation spéciale qui fait atteindre le combattant à quelque essence humaine plus haute que lui-même est le secret ultime de l’incomparable impression de liberté qu’il éprouve, et qu’il n’oubliera jamais plus. »

François LACHELIER, jeune socialiste: « Je t’assure que dans une attaque on sent bien la liaison entre les armes et la participation de chacun au plan qui se développe dans la pensée des chefs. C’est là qu’on pourrait employer la fameuse expression d’ouvrier conscient et organisé : chaque soldat est bien une pièce consciente de la grande machine et, dans une abnégation totale de lui-même, consent à n’être qu’un rouage mû par une volonté étrangère. (…) C’est la gloire de notre époque d’avoir pu amener tant de millions de gens à se sacrifier à une idée et, pour elle, à se soumettre à l’esclavage le plus rude et le plus exclusif qui soit ; mais la vraie liberté consiste à se soumettre et à se résigner à ce que l’on a jugé inévitable, et à consentir à n’être qu’une pièce du mécanisme dont on aurait pu être l’ingénieur. »

Voilà le paradoxe de ce moment-charnière dans l’histoire de l’individu : Ce n’est plus l’obéissance aveugle à ce qui vous dépasse, qui était celle des sociétés religieuses. C’est le sacrifice de soi comme affirmation de soi. La preuve de la liberté individuelle par l'anéantissement volontaire de l'individu qui se donne à la collectivité à l'issue d'une démarche toute personnelle. C’est le mystère de cette « servitude volontaire » dont parlait La BOÉTIE. C'est une expérience religieuse vécue hors de la religion. Ce que GAUCHET nomme les religions séculières.

 

III-Le legs de la Grande Guerre

Les religions séculières constituent l'essentiel de l'héritage de la Grande Guerre. Il y a en fait trois legs successifs de la 1° guerre mondiale. Un legs immédiat et apparent. Un legs à peine différé et bien plus profond que le premier. Un legs lointain et indirect: le nôtre.

Le legs immédiat, c'est le triomphe historique de la démocratie. La guerre a balayé les empires, les dynasties, les aristocraties. Elle a donné la liberté aux nations opprimées d'Europe centrale. Elle a sapé dans leurs principes les supériorités traditionnelles : celle du propriétaire terrien, du patron du curé; du mari sur sa femme; de l’homme blanc sur les colonisés. Mais ce triomphe de la démocratie est une illusion : en fait la Grande Guerre a consacré les extrêmes. Ces religions séculières que sont le nationalisme radicalisé en fascisme et en nazisme, et le socialisme radicalisé en bolchevisme. Il ne faut pas oublier que l’un des éléments majeurs de la 1° guerre mondiale est la révolution russe. Celle-ci fascine ses adversaires autant que ses partisans.

Jules ROMAINS, tome XIX, « Cette grande lueur à l’est » :

« Je ne suis pas communiste (…) Sur bien des points, je me sens même très éloigné des thèses communistes (…) Je crois plus à la révolution russe qu’au communisme, plus à l’élan qu’elle incarne qu’à la doctrine qu’elle prétend appliquer. Ce qui m’attire, moi, c’est l’idée qu’il se dépense là-bas une force de renouvellement, de création, un enthousiasme, une foi en l’avenir de l’homme, un héroïsme, parmi peut-être des excès terribles. ».

Au-delà de la révolution russe, la Grande Guerre a engendré pour longtemps le culte de la révolution. Pour être pris au sérieux tout au long du XX° siècle, il faudra se dire révolutionnaire. De CHE GUEVARA à la dernière lessive, de MAO-TSE-TOUNG au nouveau smartphone, révolutionnaire est devenu un mot magique. Pourquoi cette fascination pour la révolution? Parce que l’homme occidental sort de la guerre en proie à un double messianisme: celui du prolétariat rédempteur ou celui de la nation réconciliatrice. Messianisme qui exprime un besoin religieux inconscient hors de la religion. La révolution annonce un autre monde. Un au-delà de notre monde. Révolution nationale ou révolution prolétarienne, elle annonce le Royaume. Non le Royaume de Dieu mais le royaume de l'Homme. L'Homme-Prométhée. L'homme divinisé. Il n'est pas étonnant qu'elle ait débouché sur l'Apocalypse.

Ce besoin religieux révélé par la guerre est exacerbé par le contact avec la mort de masse. Les proportions énormes des pertes ont transformé les nations belligérantes en communautés sacrificielles, soudées par un deuil inextinguible.

Jules ROMAINS, tome XVII, « Vorge contre Quinette » : «Le poids des morts grandit plus vite que la fierté des vainqueurs. Le tas des morts grandit plus vite que le trophée. La victoire a beau grandir, elle ne réussit plus à rattraper les morts. » Ce sentiment d’une dette morale oblige à s’engager. Il faut se sacrifier en mémoire des sacrifiés. Il faut payer la dette aux morts par d'autres morts. La dette due aux morts, c’est le moteur intime de l’extrémisme. C’est aussi le remède à la solitude moderne.

Jules ROMAINS, tome VI- Les Humbles : « Solitude étrange de l’homme dans la société moderne, impuissance individuelle à faire ce qu’on sent qu’il faut faire, et besoin désespéré de s’accrocher à un groupe, à une collectivité étroitement unie, et conduite par un idéal ; oui, à une Eglise. » Cette Eglise, ce sera le parti. Son culte sera celui de la nation, « la Mère-Patrie », qui recycle la déesse-mère des religions antiques et la Sainte- Vierge du catholicisme. Ou bien ce culte sera celui du prolétariat rédempteur, figure christique des souffrances du peuple. Comme les prophètes et les apôtres des religions monothéistes, les militants de ces religions séculières sont prêts au martyre. « La Grande Guerre a fabriqué des soldats de l’impossible, prêts à se battre jusqu’au bout pour faire entrer l’irréel dans le réel. » (Marcel GAUCHET) . Ce que GAUCHET appelle l’irréel, c’est le monde de l’Un. C'est le monde de l'unité, de la fraternité, de l'harmonie, ce monde sans conflit auquel aspirent toutes les religions. Sauf que les religions authentiques, à part quelques accès périodiques de théocratie, n'ont pas prétendu faire entrer l'autre monde en ce monde. Le message chrétien est explicite: "Mon royaume n'est pas de ce monde." Les religions séculières, au contraire, entendent bien faire advenir ici-bas le monde parfait de l'unité et de l'harmonie. Aux forceps. Ceux-ci ont été forgés par la guerre. Les forceps du monde parfait, c’est l’État total, conséquence logique de la guerre totale. C'est cela aussi la révélation de la Grande Guerre, dont a hérité le XX° siècle: les ressources jusque là insoupçonnées de l'État moderne.

Cette révélation laisse entrevoir la possibilité d'un État omniprésent, omniscient, omnipotent. Un État qui aurait les attributs de la divinité. Un État qui convoquerait l’absolu en politique au lieu des compromis permanents des sociétés libérales. Une théocratie sans Dieu. C'est ce qu'on a appelé l'Etat totalitaire, qui est une reviviscence inconsciente de la figure de l’ordre sacral. On sait sur quoi a débouché cette aspiration à une société homogène, unie, harmonieuse : le fascisme, le nazisme et la Shoah, le stalinisme et le Goulag, les 50 millions de morts de la 2° guerre mondiale. Tel est le legs différé de la 1° guerre mondiale.

En 1945, un cycle s’achève. Une partie de l'héritage de la Grande Guerre s’évanouit dans les décombres de Berlin : le rêve fasciste d'une patrie sacralisée incarnée par un chef infaillible. C’est encore à Berlin, deux siècles après la Révolution française (double ironie de l'histoire) que s’effondre en 1989 la seconde partie de l'héritage: le rêve communiste d’une société transparente et unie dans la fin de l’histoire. Est-ce à dire que le legs de la Grande Guerre a cessé de fructifier ? Non. Il y a bien un legs de la Grande Guerre. Mais c’est désormais un legs négatif. Une injonction à faire le contraire de nos aïeux qui se sont rendus coupables de crier "Vive la nation ! ou Vive l’Internationale" ! Traumatisés par l'horreur du nazisme et du stalinisme, les Européens se sont réfugiés dans un double déni. Le déni des nations pour cause de nationalisme. Le déni de la lutte des classes pour cause de communisme. Les élites européennes ont renié l'héritage politique et social de la modernité au profit d'un héritage purement moral, celui des droits de l'homme. Ils ont ainsi rejeté le concept central de la modernité: la souveraineté du peuple qui ne peut s’exprimer que dans le cadre de l’Etat-nation. Souveraineté du peuple dont le versant extérieur s'appelle souveraineté nationale.

Tel est le legs à long terme de la Grande Guerre: l’idéologie (l'utopie ?) européiste de la fin des Etats-nations et d’un « monde sans frontières ». Cette vision libérale et bien-pensante de l'histoire du XX° siècle, qui est celle des technocraties mondialisées, provoque aujourd'hui en retour une réaction populiste sur laquelle il convient de s'interroger sérieusement, autrement que par l'anathème lancé sur ces pauvres peuples d'Europe qui n'y comprennent rien. C'est à cela que sert le recul de l'histoire.

Lu 8733 fois Dernière modification le Lundi, 24 Novembre 2014 18:48

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire KelTenhaila Dimanche, 18 Juin 2017 23:14 Posté par KelTenhaila

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