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Conférences (2)

Conférence de Jean KOGEJ le 18/11/2014

 

Le conflit d’intensité majeure est une réalité largement ignorée dans l’Europe de 1914, et on s’en fait des idées très fausses :

  • le XIXème siècle a été plutôt pacifique ; les opinions, les responsables politiques  et même les États-majors n’en avaient plus vraiment l’expérience des grands conflits au cœur de l’Europe (ici, le dernier précédent comparable à la guerre de 14-18 par sa dimension destructrice est la guerre de Trente Ans, au début du XVIIème siècle). Les états-majors en place n’avaient plus l’expérience que de conflits lointains ou plus ou moins marginaux : guerre des Boers, guerre russo-japonaise, guerres balkaniques
  • On avait sous estimé l’impact de la révolution industrielle et financière sur le fait militaire : on tablait sur une guerre forcément courte (vu la puissance de l’artillerie et surtout vu les moyens financiers des États, faible : la guerre s’arrêterait forcément au bout de 3 à 6 mois pensait-on, et toutes les réserves stratégiques avaient été calculées sur ce modèle).
  • En fait les 4 années de guerre ont coûté à la GB, sur le seul plan financier, dix fois plus cher que le quart de siècle de guerre contre la France de la Révolution et de l’Empire. Sur le seul plan financier, la guerre de 1914-1918 a couté à la France vingt fois le prix de la guerre de 1870. Ce coût exorbitant n’a t-il pas durablement obéré l’avenir ? Et que dire pour le prix en hommes ?

Une guerre, avec ses morts et ses invalides, surtout parmi les plus jeunes, n’est-elle pas toujours au-dessus des moyens  de tout le monde, de tous les pays du monde ? Quoique...

  • .Le revenu national des États-Unis double de 1913 à 1919 ; l’économie britannique progresse pendant la guerre ; la puissance allemande « potentielle » sort intacte de la guerre ; la France elle ne retrouve qu’en 1924 sa production industrielle de 1913
  • La France aurait-elle plus que les autres grands pays engagés dans le conflit, été amenée à consentir des efforts dépassant ses possibilités réelles, ce qui pourrait contribuer à expliquer son atonie pendant une génération, jusqu’à l’orée des années 1950 ?

On peut aborder la question sous 3 angles.

Dimanche, 23 Novembre 2014 10:26 Écrit par

CONFERENCE DE GERARD JOLIVET

(du 15 octobre 2014)

La Grande Guerre, charnière de la modernité

 

 De quoi s’agit-il dans cette conférence ? Il ne s’agit pas de se replonger dans le détail de l'événement. Il s’agit d’évaluer le legs de la 1° guerre mondiale. C'est le sens de toute commémoration: On commémore un événement parce qu'il a quelque chose à nous dire sur ce que nous sommes. Parce qu'il nous a légué une part de nous-même.

Il y a deux ans, je m’étais servi des analyses de Marcel Gauchet pour présenter « le moment 1300 », celui du concile de Vienne, comme un tournant du Moyen-Age. Je vais renouveler l'exercice.C’est encore en m’appuyant sur la réflexion de Marcel GAUCHET que je vais analyser « le moment 1900 » (« La Belle Epoque »), dont la guerre est l'aboutissement paroxystique. Cette ouverture du XX° siècle, je vais l'envisager comme une charnière, autour de laquelle tourne l’histoire contemporaine de l’Occident. Une charnière qui referme deux siècles d’une modernité heureuse, celle de l’optimisme des Lumières, et qui inaugure une modernité tragique. Une charnière qui ouvre le monde occidental à une angoisse qui ne le quittera plus.